La violence du langage politique

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Date: 20 juillet 2016
Auteur: Daniel Nadeau

On a coutume d’entendre que la politique c’est sale. Dans bien des familles québécoises, lors de fêtes ou d’anniversaires, il est interdit de parler politique en famille. Cela témoigne d’une époque où tous les coups étaient permis et que les hommes politiques (à cette époque, il n’y avait pas de femmes en politique, peut-être cela explique-t-il ces abus de langage?) usaient de violence verbale dans leurs discours politiques. Ce qui était vrai pour une société comme la nôtre se vérifiait aussi ailleurs en Occident à la même époque. Puis, avec la modernisation politique et avec la montée des médias comme moyen de communication privilégié dans l’arène politique, les choses se sont raffinées. Les insultes sont devenues plus rares et la politique se vivait de façon plus courtoise. Non pas que les attaques étaient moins vicieuses, mais elles étaient plus stylées, plus polies.

La première journée de la convention républicaine Convention républicaineà Cleveland en Ohio nous a replongés dans un monde disparu. Un monde politique où les insultes et les accusations grossières sont monnaie courante. Hier, les délégués républicains, en plus de se chamailler entre eux, ont scandé à la suggestion d’un orateur invité qu’Hillary Clinton était une « crook », (escroc). On a suggéré qu’elle devrait être en prison plutôt que dans la course à la présidence américaine.

Qui plus est, sans honte aucune, on a continué de mentir sur les événements de Benghazi en Libye. Alors que près de neuf enquêtes indépendantes ont disculpé Hillary Clinton de toute négligence dans ce dossier, on a répété jusqu’à plus soif qu’elle avait été négligente et qu’elle avait par cette négligence contribué à la mort d’Américains sur le sol étranger. Pire encore, c’est dans une convention américaine que l’on a répété que la guerre en Irak était une erreur. N’est-ce pas le grand républicain Georges W. Bush qui a lancé les États-Unis dans cette guerre, sous le prétexte de la présence d’armes nucléaires en sol irakien, qui ne visait en fait qu’à se débarrasser de Saddam Hussein? C’est à en perdre son latin…

Les républicains sont pris avec un candidat qui ment comme il respire et qui joue à fond la carte du populisme de droite. Avec Donald Trump à la présidence, l’Amérique ne sera jamais plus faible. Les ennemis des États-Unis disparaîtront comme par enchantement ou par l’usage de la force. Bel avenir en perspective.

Bien sûr, dans ce concert de mensonges et d’insultes à l’endroit des adversaires, on a ri quelques minutes pour nous raconter comment Donald Trump était un époux, un père aimant. Un ami fidèle. Un homme courageux et modeste. Dommage que pour lui rendre hommage son épouse ait dû plagier le discours de l’épouse du président Barack Obama, Michelle. Cela aurait pu paraitre plus sincère et plus authentique.

Mais il y a pire, un membre républicain de la Chambre des représentants a déclaré sur les ondes des médias nationaux que la race blanche était supérieure aux autres. Décidément, les États-Unis nous étonneront toujours et ce n’est que le premier jour de la convention américaine.

À suivre…

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