Lynchage public

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Date: 1 septembre 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Dans ma chronique d’hier dans le quotidien Web EstriePlus, j’ai réfléchi avec mes lecteurs à la venue de la société postfactuelle ainsi qu’à ses conséquences dans nos vies. J’y évoquais la démission de nos élites, de nos médias et de nos intellectuels face à la montée du relativisme et de la nouvelle tendance qui fait que toutes les affirmations sont égales. Je vous invite à lire cette chronique intitulée « Sans faits ni lois ».

Rien ne peut illustrer mieux la thèse que je défendais dans cette chronique que la mascarade de justice que nous a donnée l’affaire Bettez à Trois-Rivières. Jonathan BettezLes faits : un homme de 36 ans du nom de Jonathan Bettez a été arrêté pour des crimes liés à la pornographie juvénile. Les crimes doivent être suffisamment sérieux puisque la couronne a déposé des accusations et que le suspect a été arrêté. Il a été libéré avec des conditions et promesse de comparaître. Il a dû aussi fournir une caution de 5 000 $. Ce qui complique l’affaire pour l’accusé c’est qu’il fait l’objet de soupçons de la part de la police dans l’assassinat de la jeune Cédrika Provencher. Les preuves ne sont pas suffisantes pour le traduire en justice. La police a donc décidé de le livrer en pâture à l’opinion publique et laissant couler des rumeurs auprès des médias faisant de Jonathan Bettez le meurtrier de Cédrika Provencher. Quelle justice? La police qui joue sa stratégie ouverte en sacrifiant peut-être à tort la réputation d’un homme pour trouver le coupable de ce meurtre répugnant.

Je ne sais pas si le dénommé Jonathan Bettez est coupable ou non. Ce que je sais cependant c’est qu’il est inhabituel dans notre système de justice qu’on livre ainsi un individu aux fureurs de la foule et de l’opinion publique sans preuve, des présomptions suffisent.

Pire encore, son entreprise, sa famille lui refuse la présomption d’innocence. Emballage BettezNon seulement le congédie-t-il de l’entreprise familiale, mais ils font disparaître les affiches portant le nom du fondateur Emballages Bettez. Ils en avisent leur client sur leur site Internet. Voici ce que dit le site Internet de l’entreprise :

« Dans la foulée des événements survenus à nos bureaux, lundi après-midi, la direction d’Emballages Bettez a décidé de mettre fin à son lien d’emploi avec Jonathan Bettez, qui agissait jusque-là comme principal dirigeant. Il est remplacé immédiatement par François Jodoin, à titre de directeur général, qui prend seul les commandes de l’entreprise fondée en 1980 et qui fournit du travail à 15 employés.

La direction tient par ailleurs à préciser que contrairement à ce qui a été rapporté par certains médias, il n’est pas question de modifier la raison sociale de l’entreprise, qui porte le nom de son président fondateur, André Bettez.

“Dans le contexte hautement émotif qui règne depuis lundi soir, nous nous sommes totalement concentrés sur nos clients, nos partenaires et les manufacturiers. Nous comprenons leurs appréhensions, mais nous devons leur faire comprendre que les accusations qui pèsent contre un individu n’ont aucun rapport avec les activités commerciales de la compagnie. L’entreprise est là pour rester, malgré la tourmente médiatique”, déclare François Jodoin, directeur général.

Les employés et la direction d’Emballages Bettez ne feront aucune autre déclaration. Les employés sont complètement mobilisés dans le maintien des relations d’affaires avec leurs clients. La direction étudiera divers scénarios visant une structuration permanente de l’entreprise au cours des prochaines semaines ».

Je ne sais pas si la population de Trois-Rivières se suffira de son congédiement et se contentera de la disparition momentanée dans l’espace public trifluvien. Je sais cependant que la population sur la foi des fuites policières calculées a décidé de condamner sans procès un accusé de pornographie juvénile transformé aujourd’hui en meurtrier. Je n’ai aucune sympathie pour les pédophiles ni pour les meurtriers. Je ne connais ni d’Ève ni d’Adam l’accusé, pas plus que la famille Bettez. Je sais cependant une chose, c’est que la police ainsi que notre système de justice semblent céder aux modes de l’air du temps et que ceux-ci empruntent les sentiers des moyens d’une société postfactuelle pour faire pression sur un accusé de pornographie afin qu’il avoue être un meurtrier. Ce n’est pas rassurant. Je ne crois pas que l’on doive se réjouir de ce lynchage public…

Note à mes fidèles lecteurs : ce blogue fera relâche pour les quatre prochains jours. Je décroche pour le long weekend de la fête du Travail. De retour le mardi matin 6 septembre. Bon congé à tous!

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