Politique et fragmentation des publics

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Date: 13 octobre 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Il est devenu commun d’entendre les commentateurs et les analystes de la scène politique québécoise mettre au banc des accusés la division du vote pour expliquer l’hégémonie libérale à la tête du Québec. Au fond, ce qu’évoquent ces analystes et ces observateurs c’est le phénomène bien réel de la fragmentation du vote. fragmentationCe qui étonne c’est que l’on parle de cela comme si c’était un problème. À mon point de vue, c’est un fait, pas un problème.

Les propriétaires des médias imprimés et électroniques pourront en témoigner. La fragmentation du public québécois en plusieurs publics dans des niches de plus en plus spécialisées est un phénomène bien connu. Cela a eu des effets majeurs sur les modèles d’affaires des principaux médias affectant leurs revenus publicitaires.

Dans le domaine politique, le phénomène n’est pas différent. Là aussi on assiste à la fragmentation du vote. Ce qui vient amplifier l’impact de cette tendance de fond c’est aussi l’incursion du clientélisme en politique. On utilise aujourd’hui dans toutes les formations politiques des banques de données afin de séduire les électeurs par des engagements électoraux ciblés. C’est le triomphe du « Brand Marketing », tel qu’exposé dans l’excellent livre d’Alex Marland intitulé Brand Command, que j’ai maintes fois évoqué dans l’un ou l’autre de mes billets sur ce blogue ou encore dans mes chroniques hebdomadaires dans le journal EstriePlus.

C’est pourquoi il ne faut pas sous-estimer la nouvelle parue hier disant que des militants du NPD mettront sur pied un NPD-Québec qui sera indépendant du grand frère fédéral, mais qui veut proposer une alternative à la gauche fédéraliste et sociale-démocrate à l’électorat québécois lors de la prochaine élection prévue pour 2018. Il y a de l’appétit pour cela. Il y a même un avenir surtout si l’on convainc Thomas Mulcair d’en devenir le chef.

Reste qu’une telle hypothèse est peu probable. Le chef « démissionné » du NPD, Mulcair a beaucoup d’atomes crochus avec de nombreux membres en vue du Parti libéral du Québec notamment une solide amitié avec le ministre Pierre Paradis. Il est difficile d’imaginer Thomas Mulcair jouer la mouche de coche dans une élection québécoise.

Ce qui est improbable n’est pas nécessairement sans intérêt. Il est certain que les Québécoises et les Québécois seraient heureux de se voir offrir une alternative fédéraliste aux prochaines élections au Québec. Une alternative qui défendrait le modèle québécois de justice sociale tout en voulant assurer le destin d’un Québec distinct au sein d’un Canada renouvelé. Il faudra suivre avec attention cette initiative des militantes et militants du NPD Québec au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

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