L’UPAC devant les élus de l’Assemblée nationale du Québec

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Date: 4 mai 2017
Auteur: Daniel Nadeau

C’est aujourd’hui que Robert Lafrenière, le grand patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), se présentera devant les membres élus de la commission parlementaire pour l’étude des crédits de son organisation. Sa présence est attendue de pied ferme par plusieurs parlementaires de l’opposition qui voudront sûrement en savoir plus sur les allégations du Bureau d’enquête de Québecor quant au fait qu’une enquête était en cours concernant l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest et de l’ex-grand argentier du Parti libéral du Québec, Marc Bibeau. Cette enquête s’inscrit dans la suite des travaux de la commission d’enquête Charbonneau qui visait à faire la lumière sur les stratagèmes utilisés par les partis politiques pour se financer auprès des grandes firmes d’ingénieurs du Québec.

Même si le rapport de la Commission Charbonneau n’a jamais pu établir de liens entre le financement des partis politiques, dont le PLQ, et l’octroi de contrats gouvernementaux. Les deux commissaires, la juge France Charbonneau et l’ancien vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, ne se sont même pas entendus sur la question d’un lien entre financement politique illégal et octroi de contrats gouvernementaux.

Cela n’a pas empêché les médias d’information et de larges franges de la population d’avoir porté sans preuve des accusations à l’égard des partis politiques tout particulièrement du Parti libéral du Québec et de son chef de l’époque et ancien premier ministre, Jean Charest. Pour bien des gens et pour ces experts des médias, la cause est entendue. Jean Charest est le grand coupable et il s’agit de voir si l’UPAC sera assez compétente pour trouver les preuves qu’il faut pour obtenir des condamnations. Surréaliste. La justice des médias est plus importante que la vraie justice.

La comparution de monsieur Lafrenière sera un exercice périlleux. Souvent, j’ai remarqué, et je l’ai même dénoncé parfois, il a tendance à s’approcher dangereusement du terrain politique. La tentation sera grande aujourd’hui puisqu’il sera en plein milieu d’une tourmente politique. En plus des médias et des députés d’opposition, monsieur Lafrenière aura droit à un auditoire très spécial, trié sur le volet pour leur probité soit Luigi Coretti, Lino Zambito et Ken Pereira. Tous des témoins vedettes de la Commission Charbonneau. Grand bien nous fasse. Imaginez, ces gens n’ont pas confiance à monsieur Lafrenière qu’ils soupçonnent de faire de la politique. Ils s’érigent donc en censeurs de la vérité avec les médias, ceux de Québecor et de Radio-Canada en particulier, qui ne demandent pas mieux que de prendre monsieur Lafrenière en flagrant délit de politicaillerie pour prouver leurs thèses sur la culpabilité de l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest.

Ce qui risque de se produire c’est que monsieur Lafrenière refusera de répondre à des questions sur des enquêtes en cours, qu’il dénoncera comme il se doit les fuites d’information issues, selon toute vraisemblance, de son organisation et qu’il réitérera que l’indépendance de son organisation est à toute épreuve avec le pouvoir politique. Les médias et les censeurs de vérité seront déçus et la population continuera de croire que les politiciens bénéficient de privilèges. Ce qui explique qu’il n’y a pas de développement aux enquêtes de l’UPAC.

Pourtant, la réalité et la vérité c’est que les politiciens sont victimes de chasse aux sorcières de la part des corps policiers au Québec. Tous leurs agissements sont scrutés à la loupe et ils n’ont droit à aucun écart sous peine de se retrouver en vedette principale des médias de Québecor et de Radio-Canada.

Je l’ai écrit plus tôt cette semaine. Je suis profondément convaincu qu’il n’y a pas eu au Québec de retour d’ascenseur entre les partis politiques et les firmes d’ingénieurs sous forme de contrats gouvernementaux. On peut sûrement retrouver ici et là des gens malhonnêtes qui ont profité de l’occasion pour s’enrichir, mais pas un stratagème systémique et organisé au plus haut niveau. Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement, tous les gouvernements, ne peut pas être aidant pour une industrie particulière. Investir massivement dans les infrastructures, même si celles-ci en ont besoin, n’est pas pour déplaire aux firmes d’ingénieurs. Cela était une décision gouvernementale qui pouvait favoriser ces donateurs. Ça, personne ne peut le nier, mais est-ce illégal? Amoral? J’en doute.

Le plus important c’est de faire confiance à nos institutions. Elles sont parfaitement en mesure de s’acquitter de leurs mandats. Ce serait plus facile si les policiers par leurs fuites d’information et les médias ne faisaient pas des shows de boucane avec des matières qui sont à leur face même très sérieuse. Si un ancien premier ministre du Québec s’est rendu coupable d’actes criminels, ce ne serait pas rien. Mais en attendant les conclusions des enquêtes, je préfère croire à la présomption d’innocence de monsieur Charest. Ce serait une trop grande déception pour moi de me voir prouver le contraire…

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