Andrew qui?

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Date: 29 mai 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Nous sommes le printemps. Je rentrais de mon jardin où j’ai fait des travaux de peinture et j’ai ouvert mon téléviseur. Il était 17 h. J’avais oublié, mais le parti conservateur du Canada élisait le successeur de Stephen Harper selon une mécanique complexe de points, de comtés égaux et de treize candidats, mais quatorze candidats sur le bulletin, car le retrait de l’un d’eux, Kevin O’Leary fut trop tardif pour le retirer du bulletin de vote. Kevin O’Leary, une sorte de Trump canadien.

J’ai peu suivi cette course sinon d’un œil distrait. Assez pour savoir que le libertarien Maxime Bernier avait de grandes chances de l’emporter. Il y avait aussi parmi les favoris un certain Andrew Scheer, jeune millenium, père de cinq enfants, ancien président de la Chambre des communes et fier opposant au droit à l’avortement et au mariage entre les homosexuels. Il y avait aussi un certain Erin O’Toole et de nombreux autres candidats tout aussi inconnus, mais qui se sont fait valoir par leurs positions contre le droit du Québec ou encore pour des politiques restrictives en matière d’immigration. Bref, pas de quoi susciter l’intérêt d’un Québécois plutôt favorable à Justin Trudeau et à son gouvernement libéral.

Cette course au leadership du parti conservateur n’a pas levé comme on dit et les idées émises par les différents candidats dans cette course nous ramenaient dans les sentiers de ce qu’il y avait de pire sous le régime de Stephen Harper. Sursaut de réalisme peut-être, la défaite de notre Maxime national, le Stéphane Dion conservateur, est attribuable selon les commentateurs de la scène politique à sa position contre la politique de gestion de l’offre en matière agricole. Imaginez, Maxime Bernier est arrivé deuxième dans son propre comté de Beauce, derrière le gagnant Andrew Scheer. Il faut noter que les agriculteurs se sont mobilisés et sont devenus membres du parti conservateur et ils ont voté massivement eux.

Mon attention a aussi été attirée par le fait que les militants pro-vie et anti-homosexuels ont obtenu pas moins de 15 % des votes de ce parti politique. Les conservateurs sociaux ont vraiment une place prépondérante dans le parti conservateur du Canada. Le conservatisme canadien se porte plutôt bien dans l’ouest du pays, mais j’ai de la difficulté à imaginer qu’il puisse obtenir même un semblant de popularité dans les centres urbains et dans l’est du Canada.

Le souvenir des politiques de Stephen Harper est trop récent pour que les conservateurs d’Andrew Scheer puissent avoir même de l’écoute au Québec et en Ontario. Ce qui ne signifie pas que ce parti est voué aux limbes politiques éternellement, mais que les positions qu’il défend sont étrangères aux valeurs d’une majorité de Canadiennes et de Canadiens.

On a dit qu’Andrew Scheer c’est Stephen Harper avec un sourire. Son élection est une belle occasion pour les libéraux de Justin Trudeau d’arborer un large sourire. Ce n’est pas le parti conservateur qui constitue la principale menace à leur hégémonie politique, mais bien plutôt eux-mêmes qui piétinent dans leur volonté politique de respecter leurs engagements envers les Canadiens. Prendre parti pour une politique énergique en matière de changements climatiques, moderniser nos institutions et notre mode de scrutin ainsi que respecter les nations amérindiennes, québécoise et acadienne sont les éléments clés pour que le Canada puisse emprunter les voies ensoleillées de l’avenir…

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