Le Hard Brexit de Theresa May

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Date: 13 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Il n’y a pas qu’en France où il y a des élections palpitantes à suivre. Si la France semble imiter les États-Unis avec des taux d’abstention record, il n’en va pas ainsi au Royaume-Uni. Plus de 70 % des Britanniques se sont prévalus de leur droit de vote. Mais après avoir été divisés par la question de l’Europe en votant faiblement pour la sortie de l’Europe, les citoyens du Royaume-Uni compliquent encore plus les choses pour la classe politique anglaise.

On sait que l’actuelle première ministre se retrouve à la tête du Royaume-Uni avec pour principal mandat de négocier sa sortie de l’Europe alors qu’à l’origine elle n’était pas de celles et de ceux qui souhaitaient cette issue. Tout de même, désireuse de respecter la voix du peuple, Theresa May s’est mise à la tâche. Elle souhaitait d’abord accroitre sa majorité pour se donner une plus grande légitimité pour négocier avec la communauté européenne dans des négociations qui s’annoncent difficiles. Les élections générales du 8 juin n’ont pas donné le résultat attendu. Au contraire, l’écart s’est dangereusement rétréci avec le principal parti d’opposition, le parti travailliste. Un écart réduit à 700 000 voix. Les conservateurs de Theresa May perdent aussi la majorité absolue des sièges du Parlement.

L’élection au Royaume-Uni marque aussi l’écrasement des petits partis prenant ouvertement position contre la sortie de la communauté européenne, les remainers. La gauche britannique progresse, mais la personnalité de leur chef, Jeremy Corbyn ne semble pas convaincre les électeurs britanniques de faire confiance en cette version plus radicale de la gauche qui a rompu avec les années Blair.

Au fond, le personnage politique de la dame forte de Theresa May implose sous ses propres contradictions. Son leadership est remis en cause. Elle a voulu incarner un Brexit auquel elle ne croyait pas et a emprunté un discours exagéré contre les droits de l’homme au plan européen pour masquer l’échec du Royaume-Uni dans sa lutte contre le terrorisme.

L’élection du 8 juin affaiblit le leadership de Theresa May, questionne l’hégémonie de la pensée conservatrice dans la vie politique britannique et fragilise ce pays dans ses futures négociations avec la communauté européenne. À cet égard, le leadership fort de Macron en France pourrait avantager son pays et lui permettre d’imposer un Hard Brexit européen pour le Royaume-Uni. L’appui d’Angela Merkel est assuré à la France de Macron. Les citoyens britanniques ont par la voie de leur scrutin choisi un chemin difficile pour l’avenir de leur pays. Ce sera intéressant à voir évoluer au cours des prochaines années.

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