L’opinion publique malade des fausses nouvelles!

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Date: 5 septembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, l’expression fake news est devenue omniprésente dans l’actualité. À la décharge de ce président au parcours particulier et à la gestion erratique, il faut convenir que les fausses nouvelles ne sont pas nées avec la présidence de Donald Trump. Encore faut-il rappeler qu’une fausse nouvelle pour Trump n’est pas une véritable fausse nouvelle, mais bien une information qui l’importune.

Quoi qu’il en soit, les fausses nouvelles sont aujourd’hui une engeance de notre époque. Elles pullulent et se multiplient au rythme de l’accroissement des commentaires et des tweets sur les réseaux sociaux. Si avant l’avènement des réseaux sociaux sur le Web, les fausses nouvelles pouvaient exister, c’était le fait de publications douteuses, d’organes d’information « jaunes » qui étaient facilement identifiables. De nos jours, le blogueur de l’Alt droite de Briebart côtoie le chroniqueur émérite du New York Times sur le même fil de Facebook ou de Twitter. Pas étonnant que le commun des mortels, moyennement informé, y perde ses petits et qu’il se voit mystifié par de fausses nouvelles et des théories du complot.

Dans un tel contexte, l’agence de Presse canadienne qui fête ses cent ans a un rôle plus important que jamais. Cela nous a été rappelé dans l’édition du journal Le Devoir de samedi dernier sous la plume du journaliste Stéphane Baillargeon.

Dans cet intéressant article, le journaliste Baillargeon rappelle que : « La Presse canadienne a été fondée officiellement par l’adoption d’une loi du Parlement fédéral le 1er septembre 1917. La première de millions de dépêches est parvenue aux rédactions du pays le lendemain, il y a donc très exactement cent ans aujourd’hui. » Mieux encore, toujours dans le même article, le directeur de l’information de la Presse canadienne, Jean-Philippe Pineault rappelle le rôle de cette agence de presse centenaire : « Notre force, c’est l’exactitude, la rigueur, la vérité, poursuit le patron. Cette mission est partagée par tous les employés de manière étroite. »

Vous voulez un exemple du travail de cette agence tiré de l’actualité récente. Prenons l’exemple de la crise des migrants et de la montée de l’extrême-droite récemment à Québec. Lisons ce que nous en rapporte le journaliste Stéphane Baillargon dans Le Devoir de samedi et dimanche les 2-3 septembre : « Soudain, quelque chose appelé La Meute se pointe le museau dans l’actualité. Alors, comment décrire journalistiquement ce groupe qui manifeste contre “l’immigration illégale? Beaucoup de médias et de commentateurs parlent d’extrême droite. Le lien est fait avec les radicaux à croix gammée de Charlottesville. Est-ce seulement, pour ici aussi, la bonne appellation contrôlée? »

Les patrons et les journalistes de l’agence La Presse canadienne (PC) y ont pensé. Ils ont fini par trancher. « Faut-il parler de “la droite” ou dire “proche de la droite”? reprend Jean-Philippe Pineault, directeur de l’information des services français de l’agence. Qu’est-ce que l’extrême droite au fond? J’ai questionné un spécialiste de la question. On a digéré les opinions recueillies et envoyé une note à tout le monde pour expliquer que, dorénavant, on qualifierait La Meute de “groupe proche de l’extrême droite”. L’extrême droite fait la promotion de l’usage de la violence et considère certaines races comme supérieures à d’autres. » « Le même exercice a été fait avec la désignation des “immigrants illégaux”. En droit, une telle chose n’existe pas et les dépêches de la PC n’utilisent donc pas cette expression. »

Par cet exemple, on perçoit bien le rôle d’une institution comme la Presse canadienne pour empêcher les fausses nouvelles de corrompre l’espace public et de voir l’opinion publique devenir malade de ce mal contemporain. Malgré les difficultés de la presse, tant électronique qu’imprimée, il est important que nous puissions compter sur un chien de garde comme la Presse canadienne pour empêcher notre monde de basculer dans la réalité parallèle d’un Donald Trump et de ses semblables.

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