L’envol de la CSeries

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Date: 18 octobre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Il y a deux jours, les dirigeants de Bombardier nous ont réservé une grande surprise en annonçant qu’ils cédaient 50,01 % des parts d’actions à Airbus en échange de son expertise, de sa force de vente et de son savoir-faire. Le gouvernement du Québec qui a investi plus de un milliard de dollars de notre argent dans l’aventure de la CSeries a consenti et approuvé ce geste de la direction de Bombardier.

Par cette décision, Bombardier sauve enfin la CSeries des affres du cul-de-sac dans lequel ce joyau de l’innovation québécoise s’est enfoncé sous les attaques ignobles du fabricant d’avions Boeing avec la complicité de l’administration Trump. Le protectionnisme étant en vogue ces jours-ci chez notre voisin du sud, Boeing n’allait pas rater l’occasion d’enfoncer Bombardier et l’empêcher pratiquement de vendre ses avions sur le marché américain. C’était une partie jouée à l’avance et même si nous avions raison, il était loin d’être certain que nous allions gagner cette guerre commerciale.

Le grand gagnant de cette tragique saga d’affaires est sans conteste le géant européen Airbus qui vient d’acquérir tout à fait gratuitement un nouvel avion performant et plus écologique. On raconte que développer un nouvel avion du prototype à son premier vol coûte entre sept et dix milliards de dollars. Ce n’est pas rien, cette belle dote de la mariée québécoise à son prétendant européen. Il est vrai que les employés et les sous-traitants de Bombardier aéronautique sortent aussi gagnants de l’opération en s’assurant de conserver les emplois ici jusqu’en 2041, si l’on croit les déclarations des dirigeants de Bombardier et de la ministre du Développement économique du Québec, madame Dominique Anglade. Le gouvernement aussi a des chances de sortir gagnant de l’opération et de pouvoir reprendre ses billes à la fin du cycle.

Même le président Trump et le département du commerce américain tirent bien leur épingle du jeu. La ville de Mobile en Alabama héritera d’une chaîne d’assemblage de la CSeries pour les avions destinés au marché américain, histoire d’éviter les tourments des droits compensatoires et des frais de dumping.

Le seul perdant évident c’est Boeing qui se retrouve avec son principal concurrent dans son fief américain et avec en plus un outil redoutable que représente la technologie de la CSeries. Grand bien lui fasse à cette entreprise qui a tout fait pour empêcher l’envol de ce joyau de l’innovation québécoise dans les marchés mondiaux y compris sur le marché américain. Il y a aussi la fierté québécoise qui en prend pour son rhume. On doit se rendre à l’évidence que la petite taille de notre économie et la faiblesse de nos capitaux privés sont un frein important à notre participation à une économie de plus en plus mondialisée.

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