Immigration et opinion publique aux États-Unis

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Date: 11 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Depuis l’élection de Donald Trump, notre voisin, les États-Unis d’Amérique nous étonnent chaque jour de plus en plus. On s’explique mal, nous les Canadiens, cette propension qu’ont nos voisins à vénérer la possession d’une arme à feu. On comprend la force du lobby de la National Rifle Association (NRA), mais devant toutes les tueries faites par des terroristes intérieurs, on peut saisir que les choses ne changent pas. Voilà un point que nous n’avons pas en commun avec nos voisins : la déification des armes à feu.

Nous avons cependant, du moins pour certaines franges de nos populations, des positions communes sur l’immigration. Le président Trump a fait ouvertement campagne contre l’immigration en s’attaquant particulièrement aux ressortissants mexicains qu’il a assimilés à des violeurs et des trafiquants d’armes et de drogues et aux ressortissants de pays du Moyen-Orient en ciblant les musulmans comme des terroristes potentiels. Nous n’en sommes pas encore là au Canada, mais on assiste souvent chez nous à des épisodes où un fort ressentiment se fait entendre contre les musulmans qui veulent, selon certains, nous imposer leurs modes de vie. On n’a que se rappeler les débats autour de la défunte chartre des valeurs du gouvernement Marois pour s’en convaincre.

Le président américain, Donald Trump, est passé de la parole aux actes en émettant des décrets limitant l’immigration et l’entrée de son pays aux musulmans. Il poursuit toujours son combat pour ériger un mur à sa frontière avec le Mexique. Ces volontés du président Trump sont ardemment contestées et ses décrets contre l’immigration musulmane font l’objet de vives contestations judiciaires et le débat sur ces décrets sera éventuellement tranché à la Cour Suprême américaine.

On ne peut donc pas s’étonner que le président Trump ait choisi d’abroger le statut de protection temporaire que son prédécesseur Barack Obama avait octroyé à des ressortissants haïtiens à la suite des cataclysmes vécus par cette petite île des caraïbes. Par l’abrogation de ce statut, plus de 50 000 ressortissants haïtiens sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Cela touche 27 000 foyers américains et 78 % de ceux-ci ont plus de 25 ans.

Pire encore, en expulsant ces ressortissants haïtiens, les États-Unis se privent d’une main-d’œuvre utile qui contribue à son économie. 81 % de ces Haïtiens travaillent et vivent au-dessus du seuil de la pauvreté, 4 % ont leur propre entreprise, 23 % sont propriétaires de leurs maisons et leur revenu familial moyen est de 45 000 $/année soit au-dessous du 56 000 $ du revenu familial américain moyen. Ce qui semble indiquer que les Haïtiens sont investis dans le marché du travail, mais qu’ils gagnent moins cher que leurs concitoyens américains blancs. Le départ de ces ressortissants haïtiens occasionnera une perte nette de 164 milliards de dollars pour le produit intérieur brut américain (PIB). Tout cela au nom de convictions idéologiques douteuses quant à la sécurisation de la frontière américaine.

Cela risque d’avoir des conséquences pour nous puisqu’une partie de ces ressortissants haïtiens voudront peut-être choisir de venir au Canada pour ne pas retourner dans leur pays d’origine. Si l’on se fie à la dernière année où plus de 10 000 Haïtiens sont entrés illégalement au Canada, cela pourrait bien se reproduire encore dans la prochaine année. Il est à espérer que ces gens choisiront de le faire en vertu de nos lois plutôt que de le faire illégalement. Dans ce cas, l’opinion des Canadiens pourrait être plus positive à leur endroit. Après tout, nous avons chez nous un problème criant de main-d’œuvre. Ces ressortissants haïtiens pourraient être d’excellents candidats à une immigration réussie. Cela reste à voir en 2018.

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