La politique, l’opinion publique, les médias et les élections

--

Date: 11 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Nous sommes en période de saison haute de la politique. À l’aube d’une campagne électorale qui se déroulera cet automne, toutes les formations politiques fourbissent leurs armes. Avec les élections à date fixe, de nouveaux phénomènes apparaissent. Nous sommes en campagne électorale depuis plusieurs semaines déjà. Cela s’ajoute au contexte où triomphe la spectacularisation des médias.

Dans un vieil essai publié en 1988, le politologue américain, Murray Edelman, faisait état des transformations majeures ayant cours dans le discours politique qui était devenu un spectacle. S’il y a une évidence c’est que non seulement les thèses du professeur Edelman sont toujours d’actualité, mais que plusieurs des idées émises alors ont connu un approfondissement spectaculaire pour faire en sorte que de nos jours la politique est véritablement devenue un spectacle.

Dans son essai, publié en 1988, « Constructing The Political Spectacle », Edelman avait noté que l’accroissement de la littératie parmi les populations joint à une présence plus invasive des médias dans la vie collective depuis la Seconde Guerre mondiale faisait en sorte que la population mieux informée des faits politiques pouvait faire de meilleurs choix rationnels quant à sa gouvernance. Ainsi, selon Edelman, la population serait mieux à même de protéger leurs intérêts et de promouvoir le bien commun. Murray Edelman, Constructing The Political Spectacle, Chicago, The University of Chicago Press, 1988, p. 1).

Il est vrai que le choix des médias de faire des reportages sur la politique de façon continuelle, de travailler à faire la narration quotidienne en construisant et en reconstruisant les faits sociaux et économiques liés à la politique ainsi qu’à présenter cette actualité comme un combat entre des partis et des personnalités sont des facteurs structurants dans la construction du spectacle politique. Cela est encore plus vrai de nos jours avec l’avènement de l’information continue et des réseaux sociaux.

Ce qu’avait sous-estimé l’auteur dans sa thèse du « spectacle politique » c’est l’effet pervers de l’avènement du cynisme en politique et de personnalités hors-norme, création des médias comme celle du président américain Donald Trump. Le cynisme ambiant lié à la désaffection de la population pour le politique et le « vivre-ensemble » a créé un nouveau climat où les intérêts personnels prévalent sur les intérêts collectifs. Si l’on ajoute à cela les nouvelles techniques de persuasion basées en grande partie sur des analyses marketing de publics cibles, nous nous retrouvons avec le système politique d’aujourd’hui.

Les gens peuvent bien critiquer la politique. On peut bien s’égosiller et dénoncer la langue de bois de nos politiciens ou l’emprise des élites sur la gouvernance, mais cela demeurerait lettre vaine tant et aussi longtemps que nous ne ferons pas une véritable prise de conscience sur l’importance du politique dans nos vies.

À l’approche de la campagne électorale québécoise, il n’est pas inutile de s’interroger sur nos attentes et sur nos horizons collectifs en matière de gouvernance collective. Le Québec est à l’heure des choix, comme à chaque période électorale. Il serait dommage qu’une fois encore cette prochaine campagne ne donne lieu qu’à la description d’une course de chevaux commentés par nos « doctes savants commentateurs » et qui va une fois de plus privilégier l’anecdotique aux questions de fond. L’opinion publique dont on parle si souvent exerce une influence certaine sur la classe politique, mais il n’est pas dit qu’elle ne soit pas manipulée par notre paresse et notre indifférence à parler de sujets complexes d’une façon raisonnée. Une personne avertie en vaut deux, dit le vieil adage…

Les commentaires sont fermés.