Promesses électorales

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Date: 5 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Je ne sais pas si c’est comme cela pour vous, mais j’ai un inconfort avec le traitement de tous les médias de l’actuelle campagne électorale au Québec. C’est connu, les médias ont beaucoup de l’influence sur la formation de l’opinion publique et par voie obligée de nos opinions sur les questions d’intérêt public qui devraient retenir notre attention durant la présente campagne électorale.

Déjà, les médias ont tendance à décrire la présente lutte électorale comme une course de chevaux avec pour appui les différents sondages qui souvent se sont avérés dans l’erreur au cours des dernières années. Je sais, les sondages étaient justes, c’est que l’opinion évolue comme l’affirment les responsables des maisons de sondage. Soit, j’achète.

Outre cette détestable habitude de présenter les hauts faits de campagne comme un événement sportif, les médias et les commentateurs politiques adorent les faits divers de campagne électorale. Ainsi, le prêt à une conjointe d’un candidat par son patron, maire d’une municipalité de son comté, devient une affaire nationale. On en parle à satiété même si les faits qui appuient cette vindicte indignée paraissent ténus. On fait aussi grand état de commentaires malheureux sur les réseaux sociaux d’un candidat ou un autre. Oh, misère, un candidat d’un parti politique est un méchant raciste ou un antisémite parce qu’il s’est mis le pied dans la bouche ou les doigts sur son clavier. Après on reproche aux candidates et aux candidats de pratiquer la langue de bois. Que voulons-nous? Un langage aseptisé et lisse. Je conviens que certains commentaires qui ont fait les manchettes étaient disgracieux et n’avaient pas lieu d’être, mais était-ce justifié d’en faire une affaire d’État?

Il y a aussi ce plaidoyer lancinant contre les promesses électorales et leurs coûts. Nombreux et nombreux sont celles et ceux qui trouvent que les engagements électoraux coûtent trop cher. Qu’une société pauvre comme la nôtre, « boostée aux stéroïdes de la péréquation canadienne », puisse encore avoir des projets d’avenir pour soutenir l’éducation, les aînés et notre système de santé. Pourtant, nous trouvons normal d’avoir les moyens financiers nécessaires pour soutenir notre industrie aéronautique ou pour financer une cimenterie en Gaspésie ou encore pour subventionner indirectement nos producteurs laitiers avec le système de gestion de l’offre qui représente une taxe déguisée pour tous les consommateurs que nous sommes.

Sur cette question particulière du coût des « promesses électorales », je déteste cette expression, je lui préfère celle d’engagements électoraux. Nous avons maintenant un processus de reddition de compte clairement identifié qui va de l’établissement de la vraisemblance de la réalité budgétaire par le Vérificateur général selon les chiffres du ministère des Finances du gouvernement sortant à la présentation d’un cadre financier par les formations politiques en présence que nous pourrons juger en temps et lieu. Cela devrait être des garanties suffisantes pour nous convaincre ou non du bien-fondé des engagements des uns et des autres. Non?

On semble oublier ce fait élémentaire préférant plutôt parler des sommes faramineuses promises par les divers partis politiques en présence. N’ayant peur de rien, pour faire de plus gros chiffres pour marquer le coup, les médias additionnent tous les montants de tous les partis politiques comme si toutes ces formations politiques seraient au pouvoir en même temps. Cela frise la désinformation.

En ce qui me concerne, je préfère attendre la publication des cadres financiers de chaque parti avant d’avoir une opinion sur le sérieux et le réalisme des engagements électoraux pris par les différents partis politiques en campagne. Déjà, nous pouvons apprécier celui de Québec solidaire. À sa lecture, on peut juger les propositions faites par ce parti réaliste ou non. Il en sera de même pour le PLQ, la CAQ et le PQ. Pourquoi ne pas attendre de voir les chiffres avant de déchirer nos chemises? Voilà la question que nous devons poser aux médias dans leur choix de traitement des engagements électoraux des diverses formations politiques en présence.

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