Les médias, interprètes du monde

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Date: 13 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Dans plusieurs billets écrits sur ce site, nous avons souvent évoqué le concept d’opinion publique qui était façonnée par les médias et par un ordonnancement des faits qui comptent : l’agenda-setting. La professeure Nadège Broustau, la titulaire de la Chaire de communication publique de l’Université libre de Bruxelles et professeure à l’Université du Québec à Montréal vient de publier aux Presses de l’Université du Québec un ouvrage consacré à la genèse des débats publics médiatisés qui mettent au premier plan les médias et les journalistes comme interprètes de la société. Ce livre s’intitule : Les médias et les journalistes, interprètes de la société. Représentations et jurisprudence médiatique.

J’aurai l’occasion de commenter plus avant le contenu de ce livre dans un billet subséquent. Qu’il me suffise de dire aujourd’hui que de nombreux événements permettent de mieux comprendre le rôle de lieu de transit de nos visions du monde. Je vous donne pour exemple les reportages du Journal de Montréal et du journal Le Devoir sur l’échange du capitaine du Canadien de Montréal, Max Pacioretty.

Avant d’aborder le cœur du sujet, permettez-moi de vous citer l’éditeur à propos de cet ouvrage à la quatrième de couverture. L’éditeur écrit : « Les médias sont un lieu de transit de nos visions du monde. Leurs discours et leurs contenus sont autant de traces des mondes sociaux des acteurs qui les produisent, les reconstruisent, les font circuler : journalistes, relationnistes, publics citoyens, etc. Dans cette perspective, nous considérons les discours médiatiques comme des archives sociales, permettant à la fois d’étudier les marques de coopération de ces sources d’information et les représentations qu’elles véhiculent. Proposer une analyse de cette problématique, c’est aussi démonter la jurisprudence médiatique qui conditionne, accompagne, influence nos perceptions du sens des événements ainsi filtrés de notre environnement. » (Nadège Broustau, Les médias et les journalistes, interprètes de la société. Représentations et jurisprudence médiatique, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2018, 203 p.)

Une preuve éloquente de l’influence des médias sur la formation de l’opinion nous est donnée ces derniers jours par la couverture par Le Journal de Montréal et le journal Le Devoir de l’échange du capitaine du Canadien de Montréal, Max Pacioretty. On s’entend que Le Journal de Montréal est beaucoup plus sport que Le Devoir. La vision de chacun de ces journaux nous a été donnée par les articles parus sur cette nouvelle. Alors que Le Devoir titre que : Le Canadien échange un premier capitaine en 20 ans, Le Journal de Montréal titre pour sa part : Les capitaines du CH échangés. La vraie histoire c’est que depuis 1989-1990, tous les joueurs qui ont été capitaines du Canadien, sans exception, ont été échangés. Le titre du Journal de Montréal apparaît donc comme le plus judicieux. Si l’on se donne la peine de lire l’article, on comprend qu’être capitaine du Canadien de Montréal n’est pas de tout repos et que c’est comme un billet assuré pour aller jouer sous d’autres cieux alors que le titre du journal Le Devoir laisse entendre que c’est un fait rare. Ce qui est contraire à la réalité puisque depuis 1990, tous les capitaines ont été échangés et les deux qui ont précédé Pacioretty, Koivu et Gionta, ne se sont pas vus offerts de contrats par les Canadiens et ont signé avec d’autres équipes pour poursuivre leurs carrières ailleurs dans la Ligue nationale de hockey.

Si les interprètes du monde peuvent créer des perceptions aussi éloignées de la réalité, vous comprendrez que nous devons nous en méfier quant à des débats plus fondamentaux de notre vie démocratique. Ne croyez-vous pas?

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