Les Canadiens français prennent le haut du pavé de l’opinion publique

--

Date: 19 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Ce dernier weekend, nous avons eu droit à de nombreux reportages dans les médias, eu égard au recul appréhendé des minorités francophones dans la foulée de la décision du gouvernement ontarien de Doug Ford de couper les vivres à des institutions et des organismes liés à la langue française. Cela s’inscrit dans un contexte où l’élection du Nouveau-Brunswick a porté au pouvoir un premier ministre unilingue anglais de souche conservatrice soutenu par un parti ouvertement contre le bilinguisme. Il n’en fallait pas plus pour que le thème de la survie des Canadiens français revienne au premier plan de l’actualité. On en parle plus en termes de survie d’une minorité qu’en terme que l’un des deux peuples fondateurs. C’est dans l’air du temps. L’évolution du fédéralisme canadien tend à faire de l’un de ses deux peuples fondateurs une communauté culturelle comme les autres dixit la bible Trudeauiste sur le multiculturalisme.

C’est une question importante que celle de l’avenir du français au Canada. J’y consacrerai d’ailleurs ma chronique de mercredi dans le journal Internet EstriePlus. J’avais déjà abordé la question le 27 avril 2016 dans un texte intitulé : Sommes-nous toujours des Canadiens français ?

Dans ce texte, j’écrivais notamment que l’explication du malaise autour de la question du Québec et des minorités francophones tenait à une certaine façon de nous rappeler notre passé lié au Canada français : « L’une des pistes d’explication possible c’est que notre passé canadien-français est peu glorieux. Il nous rappelle l’emprise de l’Église catholique sur nos vies, les souffrances de notre héros Maurice Richard et surtout cette discrimination systémique dont les Canadiens français furent victimes au Canada. Ces nationalistes en veulent au pays le Canada pour avoir trahi la promesse d’un pays construit sur la reconnaissance de deux peuples fondateurs. Le discours des nationalistes nous rappelle avec force et insistance toutes les promesses brisées de ce Canada unitaire que ce soit la crise des écoles séparées du Manitoba de 1890, l’affaire Riel, le règlement 17 de l’Ontario, les crises de la conscription, les référendums volés de 1980 et 1995, le rapatriement inique de la constitution contre notre volonté en 1982, le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal ainsi que les politiques tout au pétrole du gouvernement Harper contre le Québec. Au-delà de ce discours historiographique victimiste, il faut pourtant rappeler que ce sont les Canadiens français du Québec qui ont brisé la belle harmonie canadienne-française d’avant 1960 partout au Canada. Avec la tenue des États généraux sur le Canada français en 1967, les Canadiens français du Québec sont devenus des Québécois et le projet de construire un État indépendant est devenu réalité dans la mouvance de la Révolution tranquille. De nouveaux partis politiques sont apparus pour porter ces aspirations nationales soit le RIN de Pierre Bourgault et Andrée Ferreti et le PQ de René Lévesque. L’émergence des Québécois et la disparition des Canadiens français de notre imaginaire ont cependant créé un hiatus entre la volonté de protéger notre culture francophone et catholique en nous appuyant sur un État : le Québec, et notre volonté d’inclure les autres à ce projet. Quel est donc l’intérêt pour de nouveaux arrivants de devenir Québécois plutôt que Canadien ? C’est là tout le dilemme de la question nationale au Québec. »

Si l’on cherche vraiment à sortir de nos vieilles ornières quant à cette question et de véritablement venir en aide à nos compatriotes de même culture, il faudrait peut-être regarder tout cela avec des yeux neufs. Cela est d’autant plus nécessaire que chez nous le nationalisme et son achèvement en un État souverain sont en discussion à la suite des résultats des dernières élections. Voici ce que j’en pensais alors en avril 2016 : « Si l’on quitte le monde de la rhétorique politique, les preuves irréfutables de la nécessité pour le Québec de quitter le Canada sont moins évidentes. Des chercheurs sérieux divergent d’opinion sur cette question : pour le politologue Réjean Pelletier, le Canada met en péril la survie du visage francophone du Québec tandis que pour Jean-François Caron le système fédéral canadien a permis aux Québécois d’affirmer leur caractère distinct et de s’autodéterminer. Un débat qui n’en finira jamais, convenons-en. Une chose est cependant certaine, c’est qu’aujourd’hui la question nationale ne mobilise plus autant. Les jeunes de 20 ans que je fréquente à l’occasion ne se reconnaissent plus dans ce Québec nationaliste des années 1970. Ils ont une vision très différente du monde de celle que j’avais à leur âge. Même la question de la langue et de sa protection peut apparaître suspecte à leurs yeux. Férus de liberté et vivants dans un espace-temps mondialisé, ces jeunes ne se reconnaissent pas dans le discours nationaliste revanchard souvent véhiculé par les souverainistes. Ils ne sont pas plus emballés par le discours de peur des fédéralistes à la Couillard qui vilipendent l’idée même de tenir un référendum. On comprend de moins en moins que consulter la population est devenu un enjeu tabou au Québec. Il faudrait peut-être dans un premier temps réhabiliter auprès de nos mémoires le passé glorieux ou non des Canadiens français pour être en mesure de suivre le fil de notre histoire. Il faudrait aussi entreprendre un dialogue avec nos voisins et partenaires du Canada pour discuter de l’opportunité de doter le Canada d’une nouvelle constitution où le Canada pourra apaiser ses démons et faire une place véritable aux nations qui le composent, dont les Canadiens français du Québec, les Acadiens et les nations amérindiennes. Une constitution qui fera table rase de vieux symboles monarchiques pour faire place à une nation du 21e siècle qui croit au dialogue, à la paix, au respect et surtout qui s’est libéré de Dieu. Cela sera possible si nous les Québécois reconnaissons que nous sommes toujours des Canadiens français. »

On dit que l’occasion fait le larron. La crise actuelle de l’avenir du français au Canada constitue une occasion privilégiée pour repenser l’avenir du français au Canada et de ressusciter cette vieille idée encore d’actualité des deux peuples fondateurs…

Les commentaires sont fermés.