L’opinion publique et la justice

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Date: 11 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

La semaine dernière, le jugement du tribunal concernant l’affaire Bissonnette a été plutôt mal accueilli par les familles des victimes et plus globalement dans la communauté musulmane de Québec. Cette communauté a été fortement ébranlée par l’acte meurtrier innommable commis par ce tueur monstrueux qui a enlevé la vie à des gens qui avaient commis le crime de prier. Le jugement qui a été rendu soit une peine de perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans est la peine la plus sévère rendue au Québec depuis l’abolition de la peine de mort.

Nous ne sommes pas juristes. Nous entendons donc laisser le débat à ces doctes savants qui peuvent juger mieux que nous le soin de commenter le contenu juridique de cette cause. Encore faut-il dire que la difficulté principale de cette affaire tient dans notre philosophie de justice au Canada qui est fort différente de celle de nos voisins américains pour qui la peine de mort est légale et encouragée dans plusieurs États. La peine de 40 ans sans possibilité de libération conditionnelle fait en sorte que l’assassin ne pourra demander une libération conditionnelle avant d’avoir atteint ses 67 ans. La Couronne demandait 150 ans, comme le permet la loi depuis que le gouvernement conservateur de Stephen Harper, plutôt favorable à la peine de mort, avait modifié le Code criminel.

Le juge François Huot a pourtant prononcé un verdict très sévère à l’endroit de cet accusé en disant qui lui donnerait une peine exemplaire… « De manière à décourager ceux qui, partageant votre vision sectaire, ambitionneraient de suivre vos traces. L’intolérance et le racisme pourrissent notre tissu social. Il est du devoir des tribunaux de les réprimer fermement lorsqu’ils se matérialisent en actes criminels. »

Il faut se rappeler surtout de la souffrance des victimes et de leurs familles qui ne méritaient pas cela. C’est un jugement difficile, car il met en cause un geste d’un être dérangé à caractère xénophobe et l’équilibre de nos lois.

Rappelons une citation de l’article de La Presse+« Pour imposer une période d’inadmissibilité de 40 ans, le juge a dérogé aux prescriptions de l’article 74551 du Code criminel. Celui-ci permet le cumul de périodes d’inadmissibilité de 25 ans, de sorte que le juge au dossier peut imposer 25 ans, 50 ou 75 ans, mais rien entre ces chiffres. Il a déclaré que cet article tel que rédigé viole la Charte canadienne des droits et libertés, dont le droit à la vie et le droit pour un citoyen de ne pas subir de châtiments cruels et inusités. »

Quoi qu’il en soit, il est triste que la souffrance de ces familles soit prise en otage par la mécanique de nos lois et des principes de justice. Il pourrait y avoir appel de l’une ou l’autre des parties. Ce qui ne changera pas c’est que le geste posé par l’assassin Bissonnette est innommable, sauvage et qu’il ne représente pas autre chose que le fait d’un esprit fortement dérangé. Ce qui est le plus triste pour le Québec dans cette sombre histoire c’est que ces meurtres sont commis dans une société où il existe, quoi qu’en dise notre premier ministre, un terreau propice au développement d’un sentiment confus à l’endroit de la religion de l’Islam qui peut s’assimiler à une forme de ressentiment eu égard à une religion de la part de certains extrémistes et fêlés qui sont nôtres.

Nous devons réaffirmer notre haine de la violence et chasser de l’espace public tout discours à caractère islamophobe et nous rappeler que notre solidarité avec les familles des victimes et la communauté musulmane doit primer. L’opinion publique peut en bon droit être interloquée par ce jugement, mais notre solidarité envers les victimes ne peut souffrir d’aucun hiatus. Il faut condamner haut et fort ce geste sauvage tout en cherchant à préserver les principes de notre justice qui est différente de la Loi du talion de nos voisins américains. La quadrature du cercle.

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