Le corps des femmes

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Date: 24 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

On a la mauvaise habitude de tenir pour acquis les modes de vie que nous vivons. Le meilleur exemple c’est le droit des femmes à disposer de leur corps comme bon leur semble. Les attaques concertées de la droite religieuse américaine contre le droit des femmes à se faire avorter en constituent une illustration éloquente.

Le contexte politique américain qui a fait une large place depuis plusieurs décennies à la montée de la droite religieuse et à son influence sur les républicains constitue un exemple probant que les droits que l’on tient pour acquis aujourd’hui peuvent disparaître demain.

On aurait tort de prendre à la légère ces mouvements d’opinion outre-frontière, car en cette ère de mondialisation, l’opinion publique américaine a des répercussions partout dans le monde. Non pas que les Américains sont un modèle à suivre, mais plutôt que si de grandes démocraties libérales, pionnières dans l’obtention de droit comme l’avortement, reculent, tout est possible.

On peut aussi s’inquiéter du traitement que font les médias de ces nouvelles. En donnant de l’importance à ces reculs, ils contribuent à ouvrir des failles par lesquelles ces débats que nous pensions derrière nous ressurgissent tout à coup. Pour appuyer cette affirmation, regardons le traitement de cette nouvelle de l’adoption en Alabama de lois antiavortement par les médias d’ici. On a réussi à obtenir du chef d’un parti insignifiant, le parti populaire canadien de Maxime Bernier, une déclaration qui vise à relancer ce débat au Canada alors que chez nous cette question est réglée depuis fort longtemps. N’empêche, les médias en faisant de cette nouvelle un élément du programme politique canadien l’ont réintroduite dans le discours. Même si personne ne trouve crédibles les propos de Maxime Bernier indiquant que la question de l’avortement pourrait à nouveau faire l’objet de débats, on a quand même interrogé tous les chefs de partis politiques fédéraux sur la question. Le premier ministre du Québec, François Legault, a été obligé de commenter cette nouvelle alors qu’il était à vendre notre hydro-électricité aux États-Unis.

On ne peut passer sous silence l’importance des médias pour influencer les débats. Sur cette question particulière, ils devraient faire un examen de conscience. Remettre en question le droit des femmes à disposer de leur corps est une fort mauvaise idée quand ceux qui le font ne sont pas des femmes. Moi, je suis d’avis que c’est aux femmes et à elles seules de décider de ce qui se passe avec leur corps. Avoir des enfants ou non c’est d’abord et avant tout une question personnelle à chaque femme. Ce n’est surtout pas un objet de morale de bien pensant.

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