Connaissez-vous Antonio Gramschi ?

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Date: 23 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Antonio Gramschi est né à Ales en Sargdaigne le 22 janvier 1891 et est décédé à Rome le 27 avril 1937. Écrivain, théoricien politique italien et membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à sa tête, il demeure en prison durant le régime de Benito Mussolini. Gramschi est un intellectuel majeur de la pensée communiste du 20e siècle. Chez nous au Québec, c’est le politologue de gauche Jean-Marc Piotte qui a le plus vulgarisé sa pensée dans les milieux intellectuels.

La contribution théorique de Gramschi à la pensée marxiste a été majeure. Il a surtout planché sur les problèmes de culture et de l’autorité. De l’avis de plusieurs, il a été l’un des principaux penseurs du courant marxiste. Il a eu une très grande influence auprès de la gauche britannique notamment les historiens Eric Hosbawn et Edouard Thompson. Son influence est aussi présente chez Perry Anderson. Gramschi a théorisé une « philosophie de la praxis » qui désigne le matérialisme dialectique, mais c’est surtout son concept de l’hégémonie culturelle qui actualise la pensée de Gramschi. Selon ce concept, si la société capitaliste se maintient ce n’est pas juste grâce à sa main de fer sur le prolétariat, mais sur nos consciences grâce à la rhétorique puissante. Lisons ensemble Aurélien Berthier :

« Gramschi formule une hypothèse. Si le pouvoir bourgeois tient, ce n’est pas uniquement par la main de fer par laquelle il tient le prolétariat, mais essentiellement grâce à son emprise sur les représentations culturelles de la masse des travailleurs. Cette hégémonie culturelle amenant même les dominés à adopter la vision du monde des dominants et à l’accepter comme “allant de soi”. Cette domination se constitue et se maintient à travers la diffusion des valeurs au sein de l’École, l’Église, les partis, les organisations des travailleurs, l’institution scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse. Autant de foyers culturels propageant des représentations qui conquièrent peu à peu les esprits et permettent d’obtenir le consentement du plus grand nombre ».

Gramschi dans sa lucidité nourrie par ses années de détention dans les prisons de Mussolini comprend bien que pour renverser la vapeur, changer le cours des choses, la conquête du pouvoir devient la première tâche de tout travail de changement réel pour les sociétés. Le combat premier est de gagner les esprits du plus grand nombre et faire obstacle à la perversion des esprits qui installent une hégémonie culturelle propice aux intérêts de celles et ceux qui possèdent tout même nos esprits.

En fait, pour Gramschi, l’État ne se résume pas au seul gouvernement. Il faut selon lui distinguer deux lieux de son pouvoir :

  • La société politique qui regroupe les institutions politiques, la police, l’armée et la justice. Ce lieu est régi par la force et la contrainte de la Loi ;
  • La société civile qui regroupe les institutions culturelles (universités, intellectuels, médias, artistes) et qui diffuse de manière ouverte ou masquée l’idéologie de l’État afin d’obtenir la majorité de la population. Ce lieu est régi par le consentement. (Aurélien Berthier, Ibid.)

C’est à un intellectuel britannique, Stuart Hall, que nous devons la naissance du courant des « cultural studies ». Un mouvement d’idées et de pratiques qui place au cœur de sa mission la critique de l’état des choses et des idées reçues. La pensée critique devient ainsi une sorte de lieu de rassemblement des intellectuels pour le changement contre ceux qui maintiennent l’ordre actuel des choses.

De la pensée de Gramschi est donc né le concept d’intellectuel organique. Les intellectuels organiques se livrent un combat dans la sphère publique pour convaincre les gens du bienfondé de leurs opinions et de leurs valeurs. C’est le combat pour obtenir l’assentiment du tribunal de l’opinion publique.

Ce combat devant le tribunal de l’opinion publique est aujourd’hui transcendé par la technologie (Internet et les appareils électroniques) et par le raffinement des techniques de persuasion (le « storytelling »). Il n’en demeure pas moins que dans un univers en pleine mutation, les intellectuels organiques de premier plan sont les praticiens des relations publiques. Ce sera l’objet de mon billet de demain sur ce blogue.

 

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