L’information libre et digne de confiance

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Date: 20 février 2020
Auteur: Daniel Nadeau

On a pu lire hier dans plusieurs quotidiens du pays, une déclaration des principaux groupes de médias canadiens qui réclament des gouvernements des actions afin de poursuivre leur mission de fournir aux Canadiens des sources d’informations et de nouvelles fiables, diversifiées et dignes de confiance partout au pays. Pour les auteurs, et nous partageons ce raisonnement, cela est une garantie du maintien d’une démocratie en santé.

Dans ce texte, on retrouve les mêmes doléances envers les grands groupes numériques que sont les Google et Facebook qui se sont emparés du marché publicitaire et qui pillent sans vergogne le travail des médias pour les mettre sur leur plate-forme sans pour autant payer quoi que ce soit aux véritables producteurs. Une situation bien familière pour nous qui voyons chaque jour les quotidiens se faire « voler » leur contenu par les animateurs des émissions de radio du matin. Dans plusieurs stations radiophoniques, les émissions du matin sont un résumé des quotidiens imprimés et commentés par des invités et des animateurs.

La situation des médias d’information, particulièrement celle des quotidiens, est fort préoccupante dans toutes les communautés canadiennes. Nous l’avons vu récemment avec la faillite du Groupe Capitals Médias. Une coopérative de cadres, de travailleurs de l’information en lien avec les communautés locales constitue un heureux dénouement, mais qui risque de ne mener à rien si des actions plus structurantes ne sont pas prises bientôt pour protéger les droits d’auteurs et réglementer l’impact des géants du numérique dans nos vies.

Nous devons entendre la voix de ces médias qui n’en finissent plus de réclamer à cors et à cris des changements majeurs dans l’industrie. Il reste néanmoins que la réglementation ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée d’une prise de conscience des consommateurs des médias que nous sommes. On a beau faire les meilleurs règlements possible, cela ne changera pas si les consommateurs et les citoyens de nos communautés n’accordent pas de l’importance à cette idée de sources d’information fiables, diversifiées et dignes de confiance pour reprendre les mots des auteurs de cette lettre de ces médias canadiens.

Au-delà de ces considérations, il faudrait aussi inviter ces médias à une introspection sur leur façon de nous informer et de choisir les faits qui sont à l’agenda de l’espace public par leurs bons soins. Ce n’est pas de faire injure au professionnalisme des praticiens de nos médias d’information de rappeler que la course aux consommateurs par une spectacularisation de l’actualité ne sert pas toujours l’intérêt public. Vous coulez un exemple, ce sont les médias dignes de confiance qui ont porté le président américain Donald Trump au pouvoir par leur désir de mettre en scène un bon spectacle pour les tirages et les audimats. Cela a-t-il bien servi l’intérêt public américain à terme ?

Oui, il faut appuyer nos médias dignes de confiance et favoriser une diversité des sources. Il faut aussi réglementer les géants du numérique pour qu’ils cessent de piller les droits d’auteur à leur profit, mais cela ne nous dispensera pas cependant de la réflexion nécessaire sur le travail des médias et leur façon de choisir les faits qu’ils nous racontent. Nous sommes mûrs pour une réflexion en profondeur sur les médias et la démocratie.

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